Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets.
B. Rameck | 27 juin 1994 | Art & Littérature | Alone.
J'ai creusé la terre, j'ai découpé la lune, puis gratté le soleil en marchant sur l'espace... Sais-tu, ma fille, je n'y ai rien trouvé de mieux ... J'ai foulé les poubelles, trempé dans les égouts. J'ai fait les catacombes pareilles aux quatre bouts, de tous les coins de terre, des plaines et du désert, des montagnes ou des mers, tout près des continents. J'y ai vu, ma fille, l'été et le printemps, l'automne et puis l'hiver, la brume sur l'océan, un orage en colère, un vol de cormorans, des millions éphémères de gouttes d'eau, du vent... Vois-tu, ma fille, je n'y ai rien vu de mieux... Là, des âmes imbéciles qui se battaient pour peu & d'autres, plus tranquilles, qui m'ont offert du temps. J'en ai gardé l'odeur d'une épice qui grille, j'ai goûté la saveur lorsque le feu pétille lorsque le feu divin, sous un ciel qui brille de mille étoiles filantes, d'une main dans ma main, pour une nuit pétante, amène, prétentieux, l'envie d'une autre vie, la volonté discrète de se poser enfin, d'oublier les conquêtes & fuir le chemin... Je te le dis, ma fille, je n'y ai rien fait de mieux ! Et puis je suis reparti continuer sans arrêt à fouiller dans les trains, à retourner la terre, à perdre des matins à voir dans tous verres: si l'alcool s'ennuie pour être sûr du goût, du goût de mon dégoût. Quand l'ivresse s'enfuit, je me suis retrouvé de situation drôles à d'autres plus violentes, prince et puis poète, clochard et sans issue, paumé analphabète, roi du monde indécis de rendre le bonheur à des gens plus petits, d'y dévoiler l'horreur d'une vie malhonnête. J'ai frôlé de mes doigts les peaux les plus sensuelles, j'ai tenté au hasard pour l'amour éternel, traînant dans les quartiers où vivent les étoiles qui m'ont appris, déçues, qu'être superficiel, convive pour le cul dans un décor de miel, le savoir dans la soie, le luxe et l'importance, derrière chacun pour soi cache encore la souffrance... Je les ai salués et là encore j'ai fui, je me suis réfugié, enfermé pour de bon des pensées, des idées, la culture à foison! J'en ai veillé des nuits à passer en revue les couleurs de ma vie... Je me suis aperçu, au terme du bilan, si c'était réussi, que je parle dix langues, j'ai sur le bout des doigts la culture et les lois et cette main qui tangue, à coucher au papier tous ces mots inutiles où je parle de moi pour me parler de toi! A coucher au papier tous ces mots inutiles où je parle de moi pour me parler de toi... Où je parle de moi pour mieux parler de toi .
Je ne sais pas à quoi serviront ces écrits. A rien sans doute, juste à défouler, déverser ce trop plein de haine que je sens déferler en moi tel un torrent. J'aime écrire... On dit que ce servir de cet art c'est "hurler en silence". Ce n'est pas ce qu'il y a de plus faux. Dans ma pensée à tout le moins. Pourtant, si je trace de ma plume ce qui met à mal mes pensées, je tiens à préciser que je suis ici pour être moi, pas pour être jugée. Je refuse d'être l'accusée d'un jury qui est aussi impur que moi et, qui en plus, ne me connaît pas. Car ici, je créé mon monde, pas une facette burlesque d'une vie qui n'aurait d'apparence que sa pseudo réalité. Il y a tout de même des fois où je me demande pourquoi je m'évertue à écrire comme si quelqu'un me lira. Sans doute suis-je dans la même optique que Robinson Crusoé qui, pour éviter la folie, s'est construit un monde où il n'était pas seul. J'imagine alors que je suis sur une île déserte dans laquelle, pour m'éviter de sombrer dans la démence, je créé un monde avec des gens tout ce qu'il y a de plus virtuel.
Et j'écris...
Mon coup de c½ur du moment : Her Words Kill - Watch Out Vegas [X]